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Brochure,
Rubrique R2) : Bordeaux naguère

procédure {?}, plan du site Ø, plan de la brochure {B}

"cadre imposé, R1"

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"R3, promo : fleuve ou quais?"

bas de cette rubrique 2 ê

 

[…]
Cette histoire est celle d'une expansion continue, depuis un petit hameau pré-gaulois (VIle siècle avant notre ère) jusqu'à une agglomération de 800000 âmes (aujourd'hui). L'histoire d'une ville qui s'est étendue partout, repoussant la campagne, grignotant même une partie du fleuve, en y jetant des quais toujours plus au large. Expansion horizontale, mais aussi verticale: en 2000 ans, sous l'effet des remblais successifs et des constructions empilées, certains quartiers de Bordeaux ont gagné 7 mètres en hauteur. On y est assis sur l'histoire. Il suffit de creuser, toutes les époques apparaissent, bien à plat comme les pages d'un livre.
[…]
[en tournant les pages], on a trouvé les rails du tram abandonné en 1958, puis les pavés du XIXe, le sol des XVIIIe et XVIIe siècles, le fossé médiéval, les habitations de la fin de l'époque romaine, la voie romaine, les vestiges de l'habitat gaulois… Les chantiers ont fait une gigantesque coupe dans ce mille-feuille qui dormait sagement. […]
[…]
(Denis Lherm, SO, 23/02/03)

Voi son plan, voi son port, voi sa forte ceinture
Qui de forts boulevers de tous costés l'emmure.
Voi de ses bastiments le front audacieux…
Pierre de Brach, poète bordelais, 1547-1605)

L'intendant Tourny, l'homme qui transforma la ville au XVIIIe et tourna définitivement le regard des Bordelais vers une certaine conception du "beau", écrivait vers 1740, au moment de passer à l'acte: "La ville de Bordeaux est admirablement bien située (…) mais jamais l'art n'y a secondé la nature. On a seulement commencé depuis cinq à six années à y bâtir quelques maisons passables. Tout le reste de la ville est composé de vilaines maisons sans symétrie, sans commodités, entre lesquelles passent des rues très étroites et nullement alignées. Ses dehors n'ont pas été moins négligés; il n'y a aucune promenade, ni à pied ni en carrosse: en ne comptant point pour promenade le bord de la rivière, attendu qu'il est complètement livré à l'utile." (Dominique de Laage & Christian Seguin, SO, 27/11/03, p. 2-2)

  En des temps où l'avant-port n'existait pas, Bordeaux, ancien premier port d'Europe {P}, perdit son trafic à diverses reprises. Basques, Musulmans au VIle siècle, Normands au IXe siècle le ruinèrent. Puis la bataille de Castillon, la Révolution, le blocus continental le mirent en sommeil. A chaque fois, il se redressa 2 8 . Il est encore en danger.

[…] plus de trois cents bâtiments de toutes nations rangés sur deux lignes sur mon passage, avec toute leur parure et grand bruit de canon et de celui du Château-Trompette.
On connaît trop Bordeaux […]; je dirai seulement qu'après le port de Constantinople la vue de celui-ci est en ce genre ce qu'on peut admirer de plus beau…
(Saint-Simon, début (XVllle, p.51
2vb 8 )

[…] ici les navires sont mouillés sur trois rangs […,] aspect d'autant plus magnifique et agréable, que les rangées de grands navires aux mâts desquels flottent des pavillons si divers, éveillent vraiment en vous de grandes idées. (Miranda, 1789, p.71 2vb 8 )

L'antique splendeur de Bordeaux n'est plus… La dévastation et la perte des colonies ont anéanti le commerce et ruiné du même coup la richesse de la principale ville de France. On s'en aperçoit partout. […]
La disparition des corsaires a fait également éprouver une grosse perte à Bordeaux. […] Tous sans exception sont tombés aux mains des Anglais […]. L'animation des quais est médiocre, on vit retiré, et la ville ne compte plus que deux équipages, celui du préfet et celui du commissaire général de la police. (Meyer, vers 1801, p. 96-97
2vb 8 )

Le port est encombré de vaisseaux de toutes nations et de différents tonnages; dans la brume du crépuscule, on dirait une multitude de cathédrales à la dérive, car rien ne ressemble plus à une église qu'un vaisseau avec ses mâts élancés en flèches, et les découpures enchevêtrées de ses cordages. […] (Théophile Gautier, fin XIXe, p.123-124 2vb 8 )

Au cours des dix dernières années, le trafic du port de Bordeaux a augmenté d'environ 70%, et il est vraisemblable que, longtemps encore, cette prospérité ne fera que s'accentuer.
(F. Honoré, L'Illustration, 03/06/11)
{P}

Il faut aller faire une visite au bassin à flot […] pour se rendre compte de l'importance du commerce d'importation. Il n'y a pas un pouce de quai qui soit libre et les gros cargos sont bord à bord sous un enchevêtrement de vergues et de mâts de grues, se déchargeant l'un par dessus l'autre. (Fernand Chavannes, 1914, p. 1342vb 8 )

  Considérant notre héritage reconnu et envié 8 , notre port historique de prestige est l'endroit le plus dommageable où imaginer un pont. On reste abasourdi que la Garonne puisse être garrottée une deuxième fois; et au centre d'une des plus belles rade du monde, point d'orgue du plus grand estuaire d'Europe. Tous les auteurs célèbres qui l'ont connue l'ont chantée. S'ils vivaient, ils se seraient ligués contre sa condamnation. 8

[La Garonne est] capable, en son canal, de tous les vaisseaux du monde dont il se trouve quelquefois en septembre jusqu'à seize et dix-huit cents de toutes les parties de l'Europe qui viennent charger blé, vins et autres commodités. (Bergeron, 1612, p. 30 2vb 8 )

Bordeaux est, sans contredit, la plus belle ville de France. […] De toutes parts on aperçoit ce beau fleuve tellement couvert de navires […].
[…] cet admirable quai dont le centre est marqué par deux colonnes rostrales. C'est de celui-là que les Bordelais pourraient dire avec vérité ce qu'ils répètent sans cesse de leur théâtre, qu'il n'a pas son pareil en France et peut-être en Europe, Naples excepté; et encore le quai de Bordeaux a un genre de beauté qui manque tout à fait à Chiaia, c'est le spectacle de cette activité et de ces navires qui arrivent chaque jour de toutes les parties du monde. […]. (Stendhal, 1838, p.139-142
2vb 8 )

Bordeaux est une ville curieuse, originale, peut-être unique. Prenez Versailles et mêlez-y Anvers, vous avez Bordeaux. […]
Il y a deux Bordeaux, le nouveau et l'ancien. Tout dans le Bordeaux moderne respire la grandeur comme à Versailles; tout dans le vieux Bordeaux raconte l'histoire comme à Anvers. […]
Ajoutez à cela, mon ami, la magnifique Gironde encombrée de navires, un doux horizon de collines vertes, un beau ciel, un chaud soleil, et vous aimerez Bordeaux, même vous […].
{P}
(Victor Hugo, milieu XIXe, p. 124
2vb 8 )

  Le fleuve Garonne, plutôt comparable au Rhône impétueux, n'est pas, en plus large, les rivières Loire dans Nantes et Seine dans Paris et Rouen, où aucune rade intra-muros n'a jamais existé, où aucun grand vaisseau n'aurait jamais pu accoster.

  Le Pont de pierre sur ses pilotis de pin (1er pont creux au monde et comprenant des pierres récupérées du Château Trompette), "coupant en son centre une rade superbe, transformée par cela même en cul-de-sac" (Gaston Archambeaud, 1886, cité en R20), ferma l'accès fluvial {P} {P}, amputa la zone portuaire, donc la richesse de Bordeaux, de sa moitié amont: celle du port de Bègles (avec son chantier naval des Douze-Portes) et des célèbres charpenteries de marine de la rue Carpenteyre dont la guilde compta Louis XIV comme membre.

Aux maisons succède un grand nombre d'entrepôts, de réserves, de chais. C'est le nom que portent ici les dépôts de vins d'où sont approvisionnées l'Europe et la moitié du globe. Suivent les chantiers navals. Une odeur de goudron et de poix les annonce déjà de loin. Là, c'est sans trêve que l'on bat du marteau, que l'on scie, que l'on fait bouillir du goudron […]. A cet endroit [en amont du site futur du pont de pierre], où c'est tantôt un nouveau bateau qui est lancé, tantôt un vieux que l'on calfate […, il] y avait alors là une quantité prodigieuse de bateaux à fond plat, les uns à moitié terminés, les autres complètement. […] on travaillait à ces embarcations avec autant d'ardeur que si toutes avaient dû être prêtes pour la semaine suivante. Leur nombre allait jusqu'à l'incroyable. (Johanna Schopenhauer, p.43-44 2S 8 )

Bordeaux est peut-être, de toutes nos grandes villes, celle dont l'animation se rapproche le plus de l'activité de Paris; c'est une ville à la fois industrielle et commerciale, mais sa fortune lui vient surtout de son port, dont les forêts de mâts et de cheminées à vapeur bordent la ville en hémicycle sur une longueur de 6 kilomètres R5, R5], lui donnant une physionomie spéciale qui n'est pas sans analogie avec celle de la Nouvelle-Orléans. L'industrie principale de Bordeaux se rattache naturellement à ce port et a pour objet les constructions navales, dont on compte sept grands chantiers dans la ville et quatre autres dans la banlieue.
(p. 132
2b 8 ) dans la banlieue.

Bordeaux a compté ainsi jusqu'à une cinquantaine de corporations. Et Saint-Michel fut leur quartier de prédilection, avant de décliner lorsque le pont de pierre fut construit, empêchant les gros bateaux d'approcher. (Denis Lherm, SO, 19/09/02)

L'idée de construire un pont remonte au siècle les Lumières, mais il fallut attendre le décret impérial du 12 août 1807 pour concrétiser ce rêve considéré longtemps irréalisable.
Dès le début de sa construction en 1810 par l'ingénieur des Ponts et Chaussées Claude Deschamps (1765-1843), le pont de pierre fut considéré comme un véritable défi […].
[…]
La dernière pierre est posée le 25 août 1822, jour de la Saint-Louis, en présence de l'archevêque et du préfet. Dix ans de travaux furent nécessaires aux 4000 ouvriers pour construire cet ouvrage qui sera considéré pendant plusieurs années comme le plus beau pont de France et le plus grand d'Europe. Ses 486,68m de long le plaçaient en tête des ouvrages d'art de son époque, dont ceux de Waterloo sur la Tamise, de Tours sur la Loire et de Dresde sur l'Elbe.
Presque cent ans après son inauguration, sa destruction vient à l'ordre du jour. Un extrait du rapport du Port autonome en 1925 propose la démolition pure et simple, afin de supprimer le barrage fluvial responsable de l'accumulation d'alluvions préjudiciable à la profondeur du lit de la rivière
R19. […] (Cadish, SO, 08/10/05)

  L'empereur, pressé de faire passer ses colonnes, ordonna la construction du Pont de pierre, diktat impérial contre le contexte local écologique, économique et historique. Pour la Garonne, ses crues, son courant, ses alluvions, son commerce et ses chantiers navals, les arches sont trop petites {P}. Les gravures d'époque montrent les voiliers marchands bloqués en aval contre le pont [BXMAG, 10/97 {P}]. Gabares et gondoles sont seules désormais à franchir les arches, cet étranglement au gabarit du canal du Midi.

La loi désigna donc le quartier de Paludate pour cette nouvelle gare [du Midi-St-Jean] […]. Pour la ville, cela devait permettre de réactiver ce quartier qui périclitait depuis la construction du Pont de Pierre en 1822: celui-ci avait fait disparaître pas mal d'activités liées au fleuve en amont du pont. (Jean Fournol, Empreintes, 07/98)

Il appartient à chaque génération de faire ce qu'elle doit pour transmettre à sa descendance les précieux témoins qui ont fait son histoire et d'assurer au passé un nouvel avenir.
(Patrick Lemaître, vérificateur des bâtiments de France)

  En conclusion de cette introduction à "la brochure", on ne saurait trop recommander la série d'articles de Daniel Binaud:

A part ses hangars sur les quais et ses formes de radoub à Bacalan {P}, Bordeaux n'a pas gardé beaucoup de traces d'un passé maritime prestigieux, qui l'a vu exporter le vin à partir du XIle siècle et devenir premier port de France au XVIIIe siècle. Jusqu'à samedi, c'est ce passé pas si lointain (le port employait encore des milliers de personnes après la guerre) que retrace Daniel Binaud, ancien courtier maritime, président du Conservatoire de l'estuaire et président du Collectif Bordeaux-Marinopole, qui milite pour la création d'un musée maritime et fluvial.
(SO, du 16 au 21/08/04)

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