@ccueil
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"escale de Bordeaux, R6" |
"R8, unicité du quai d'honneur" |
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En cette soirée froide de la Saint-Valentin 98, encouragés par la complicité d'une lune rousse et d'une flèche Saint-Michel illuminée, les Bordelais se promènent le long des bâtiments de la flottille de l’OTAN accostée devant une Bourse sculptée par la lumière telle une féerie à Versailles. La marée, magicienne, accouple le pont du navire amiral de plain-pied avec le quai. Les flâneurs sont de quart avec les marins.
Le lendemain dimanche, sous un soleil déjà estival, dans une ville en vacances scolaires à demi désertée pour les plages [SO, 16/02/98], des Bordelais envahissent les quais, les navires. Depuis les ponts des vaisseaux, certains contemplent le front de Garonne: Bourse, fontaine, tours, beffrois. Depuis le théâtre de Victor Louis, d’autres aperçoivent les vaisseaux à distance. Passé, présent sont de plain-pied aussi.
Le nombre de curieux venant aux escales est de plus en plus grand au fil des ans. (Jacques Mahuas, SO, 24/04/99) {P}
Le Crystal Symphony s’amarre dans la plus grande rade intra-muros d’Europe {P}. Le mur de blancheur monte plus haut que la Bourse. Un petit orchestre et une foule de tous âges le fêtent, le badent. Certains voudraient photocopier une carte d’embarquement pour monter à bord; d’autres regrettent l’absence du maire. L’apogée, c’est l’évitage (demi-tour {P}); le point d’orgue, c’est l’appareillage: musique en sourdine, nostalgie dans les yeux, foule immobile, passagers fiers aux bastingages. Sur le pont de pierre, la batterie d’objectifs crépite. Le géant blanc croise le Colbert puis glisse en coulisse sous le Pont d’Aquitaine.
Ce géant, c’est la poésie de Bordeaux. Ce géant, c’est un démenti de plus à la condamnation de la rade. Il y en aura toute la saison. Sans les grands bateaux, la Garonne serait vide et triste à mourir. 8 , §
Les Bordelais de toutes cultures n’imaginent pas qu’on puisse leur enlever ce pan de leur univers, ce droit au rêve qu’ils veulent conserver; à tout prix. La raison d’un port, ce n’est pas d’exhiber des pièces de musée maritime, mais d’attirer des bateaux vivants. Le respect et l’intérêt de Bordeaux commandent de transmettre à nos descendants ce poste de mouillage de la Bourse, cet héritage, en plein vieux Bordeaux, unique en son genre.
Ce qui est porteur d’avenir pour nous, c’est la connaissance charnelle que l’Etranger acquiert en se promenant nombreux dans le centre animé, et qu’il propage à son retour, d’un Bordeaux dont il admire le cachet XVIIIe et la convivialité [Henri Martin, SO, 13/11/99 8 ].
Je vais pouvoir visiter le musée d’art moderne, les galeries de peintures... C’est l’avantage des ports situés en centre-ville! Ils garantissent une bonne ambiance d’escale car ils offrent de la distraction à l’équipage […]. (Jean-Thierry Siméon, commandant du Thétis, bateau de commandement et d’instruction, SO, 12/07/98)
Tous avouent avoir été impressionnés par la visite de Bordeaux qu’ils ne connaissaient que par les photos ou, bien sûr, par les étiquettes de bouteilles.
[...] Tous enfin [...] se souviendront d’une qualité commune chez leurs interlocuteurs français: "leur enthousiasme à défendre le patrimoine." (Benoît Lasserre, SO, 13/01/98)
Le nombre des croisières augmentant de 10% par an (22% de passagers en plus en 98 8 ), si l’on veut attirer les visiteurs, le minimum est de satisfaire leur désir d’accoster devant "la plus belle façade portuaire d’Europe" (BXJV, n°2) et, comme envers les Écossais et les Norvégiens pour le mondial, de leur témoigner notre gratitude en "faisant ce qu’il faut pour l’accueil" (SO, 01/07/98) [ci-dessous]:
"Tout le monde a su faire ce qu’il fallait pour l’accueil, se félicite Serge Petoin, président du Syndicat girondin de la fédération nationale de l’industrie hôtelière. Les gens ont envie de revenir. C’est un investissement pour les mois et les années à venir." "On dit que Bordeaux est une ville froide, ajoute Alain Petit, président de la Fédération du commerce bordelais. Mais, pendant un mois [le mondial], on a eu l’impression que c’était la fête tous les soirs. C’est une image très positive et c’est plus fort que n’importe quelle retombée économique." (Pierre Tillignac, SO, 14/07/98)
[...] Et nous y avons séjourné pour ce qui restera comme les dix meilleurs jours de nos vies. Cela n’a été possible que grâce à l’état d’esprit des Bordelais, leur gentillesse et leur amitié. Bordeaux est tout simplement the Best. [...] (Steven Bruce, SO, 30/06/98)
Bordeaux, ville d’art, ne peut rester hors de cette explosion de la croisière:
Avec 280 paquebots et près de 10 millions de clients, le secteur des croisières est aujourd’hui un pôle majeur du tourisme occidental. […] Un paquebot qui s’amarre à un port français, ce sont d’importants droits versés aux autorités portuaires et des clients qui dépensent en ville. Une enquête récente chiffre cette manne à 550 millions de francs pour les ports français (60% pour les ports méditerranéens, 20% pour les corses, 20% pour les autres). (L’EXPRESS, 16/12/99)
Jacques Mahuas, de Sud Ouest, explique:
[…] les escales sont intéressantes financièrement: excursions, achats en ville des passagers et des équipages, droits portuaires, avitaillement doivent rapporter 15 millions de francs au cours de la saison selon les responsables de Bordeaux, escale de croisière. (03/02/96)
[…] de plus en plus de croisiéristes montent à bord à l’escale de Bordeaux [… et passent] la nuit précédente à l’hôtel-restaurant pour le plus grand profit de l’économie locale . (21/01/98)
Sur les sept navires que compte la flotte de l’OTAN, cinq (deux destroyers lance-missiles et trois frégates ont fait escale hier soir au quai de la Douane […].
Au total, ce sont plus de 1300 marins qui ont débarqué sur les quais de Bordeaux de cinq nationalités […]. (13/02/98)
Même si cela ne s’est guère vu dans le tohu-bohu de la braderie et parce qu’ils étaient en civil, l’escale d’un bon millier de marins a certainement été bénéfique à beaucoup de restaurateurs et autres commerçants bordelais et au renom de la ville car tous ont découvert avec plaisir la braderie et faisaient l’éloge du cadre de l’escale face aux bâtiments de la place de la Bourse. (16/02/98)
Au total, les 200 escales [100000 passagers en 10 ans] auraient rapporté à la collectivité 20 millions de francs [par an: SO, 21/01/98; cit. EXPRESS, ci-dessus], ce qui n’est pas négligeable, mais n’est rien à côté de la valorisation de l’image de la ville. (02/06/98)
[…] on compte (selon l’organisme Bordeaux escale de croisière) que chaque croisiériste dépense, en moyenne, à chaque escale, 1200F par jour dont 63% pour le shopping, 29% pour le tourisme et 8% en retombées maritimes. (02/07/98)
Les passagers apprécient de pouvoir débarquer au centre de Bordeaux. Magasins et restaurants leur font bon accueil. Selon la CCI, les paquebots amènent 20MF de retombées directes par an. (06/05/99)
[La gastronomie est] particulièrement prisée par les croisiéristes, pour qui Bordeaux est devenu le deuxième port d’escale de la côte Atlantique. (05/01/00)
S’ajoute les achats des officiers et marins de tous bâtiments, dont la satisfaction de toucher terre à la Bourse contribue au renom de Bordeaux dans leur hiérarchie R8.
L’escale de la Bourse est d’autant plus indispensable pour Bordeaux que les autres activités sont de plus en plus éloignés du centre-ville: expositions, salons, compétitions, congrès, casino. Le quai de la douane est la seule entrée directe au cœur de Bordeaux propre à le faire connaître et reconnaître sur le champ par un nombre significatif de visiteurs venant de loin. Un car nous amène 40 visiteurs; le Crystal Symphony, 1500 [ci-dessus R7, R8] {P}; le Norwegian Dream, 2300 {P} 8 . Sans compter les autres bâtiments, une moyenne de 28 escales de croisière par an (98) nous amène quelque 18000 visiteurs qui animent nos rues. [SO, 06/05/99 8 ; 14/08/02 8 ]
A priori, beaucoup de ceux-ci ignoraient que Bordeaux est d’abord une métropole; et pas seulement, comme Champagne ou Napa Valley, un vignoble parsemé de fermes à vin deluxe, tel un wine belt à la française. Deux avis du maire:
"Il faut être réaliste, avoue Nicolas Gaume, le PDG de Kalisto. Au Japon ou en Californie, on ne connaît pas Bordeaux en dehors du vin." "Quand j’étais ministre des affaires étrangères, renchérit Alain Juppé, j’ai pu vérifier que Bordeaux a une notoriété exceptionnelle dans le monde entier. Le vin, c’est un atout, mais c’est aussi un handicap car le drapeau de la viticulture masque le reste." (cités par Benoît Lasserre, SO, 17/11/98)
Pourtant semble abandonnée l'idée du paysagiste Corajoud qui voulait installer devant la place de la Bourse un ponton "ludique" avec de petits voiliers. Les paquebots de croisière auraient jeté l'ancre en des lieux moins prestigieux, plus à l'écart des boutiques de luxe du triangle. Les édiles semblent aujourd'hui admettre que le prestige et les finances de la ville de Bordeaux y perdraient. En outre, il y aurait la difficulté technique de l'évitage (demi-tour) des grands mastodontes de la mer. (SO, 26/08/02 8 )
En outre, il est essentiel qu’au delà de sa renommée mondiale liée au vin, Bordeaux se fasse connaître à travers d’autres pôles d’excellence […]: tourisme […]. (Alain Juppé, SO, 19/02/99)
[…] Le Commerce et la Navigation, source de la fortune de Bordeaux […] (Montesquieu, cité par Alain Juppé, p. 9).
[…] L’adjoint au tourisme, Stéphan Delaux, précise toutefois qu’une politique touristique visant à donner corps à la "vocation touristique planétaire" de Bordeaux est actuellement en chantier. Le projet municipal s’appuie sur une synergie très poussée avec le monde du vin […].
(Denis Lherm, SO, 07/12/02)
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